Kunming commence enfin à devenir moins échevelée à mes yeux qu'auparavant. Je lis plus facilement sa face. Côté pile, c'est parfois désespérant. J'ai déniché malgré tout, derrière les façades pleines de prétention, des bijoux de bois, constructions intimes et indépendantes, comme des îlots exotiques. Même les habitants en sont différents. Scrutant les moindres détails de ces maisons, j'ai par exemple trouvé, au milieu d'une architecture totalement chinoise, un chapiteau corinthien. Ailleurs, c'est une façade à l'italienne, avec un balcon comme en Toscane, dont le frontispice qui devait s'ornementer d'un animal a été effacé par un burin malveillant, sans doute pendant la révolution culturelle. Parfois, je n'arrive pas à pénétrer dans les bâtiments que l'on aperçoit par-dessus les murs nouvellement
construits pour cloîtrer les démolitions. Heureusement, les plus belles ont fait l'objet d'un label, d'un classement ; il faut d'ailleurs que j'arrive à accéder à cet organisme. D'autre fois, j'ai plus de chance, la maison est plus ou moins délaissée ; et c'est le choc, l'âme du lieu ne l'a pas abandonnée, comme celle magnifique, avec tous ses linteaux et ses portes sculptées, et dont la cour est occupée par une grande vigne, mais dont une partie du premier étage a été brûlée : l'ambiance y est terrible. Je suis là comme devant un grand malade en train d'expirer.
Je reviens à l'hôtel et me plonge dans le chinois, histoire de pouvoir comprendre. Savoir ce qu'essayent de m'expliquer les habitants lorsque je leur pose des questions, que je leur dis que j'aime ces maisons. Le chinois, j'en rêve la nuit. Je noircis des pages d'écriture dans l'espoir de me rappeler des caractères. Mais certains comprennent plus de 15 traits, dans moins d'un centimètre carré. En général, au bout de deux heures, des crampes à la main m'empêchent de continuer. Je n'ai pas tout à fait récupéré mon précédent niveau à l'oral, mais j'ai appris d'autres mots : « yaourt », « internet », « fête »... J'espère être plus opérationnelle quand Valérie et Françoise arriveront avec Axel, à la fin du mois.
Quant à mon mémoire de mastère, il en est à ses balbutiements : je viens d'en faire le plan. Mais mes deux bouquins en cours de lecture, sur le sujet « Comment s'implanter en Chine », sont très intéressants et devraient me permettre d'avancer convenablement la partie générale de l'analyse. Pour la partie propre à mon projet, l'hôtellerie à Kunming, tant que je ne parlerai pas un minimum le chinois, les informations seront difficiles à obtenir. Des rencontres fortuites, que j'avais parfois prévues ultérieurement, me font aussi avancer. Comme celle du seul et unique représentant local de la Mission économique, organisme d'aide aux entreprises françaises, que j'ai repéré dans l'hôtel en train d'accompagner un Français. Nous avons pu discuter un peu, pour un premier contact. J'ai aussi discuté avec un Français, à Dali, petite ville plus touristique, qui a tout lâché en France, femme et entreprise, pour s'établir ici en achetant des maisons pour les louer. Dans l'avion, j'avais derrière moi le directeur de la Mission économique de Pékin. Au restaurant près de l'hôtel, un Israélien qui en tient la cuisine pour sa famille chinoise propriétaire de nombreux restaurants pour Occidentaux, m'a raconté les difficultés d'établissement en Chine.
Tant de choses à absorber ! Une culture, une langue, une pensée..
Tant de détails. Car ici le pragmatisme, l'immédiateté et la manière comptent avant tout.
Voir plus de photos dans l'album "Vieilles maisons", dans l'Oeil, à gauche (toujours un délai, d'un journée parfois, pour que les photos soient publiées sur le blog). En double cliquant sur les images, on peut les agrandir et avoir des légendes.
- En cours d'élaboration:
- . une visite à Carrefour
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. un périple autour des monts Ailao
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