Après treize ans passés dans différentes rédactions de magazine pour le même groupe de presse à Grenoble, dont sept dans un magazine de voyage, il fallait que je me dirige vers de nouveaux horizons…
Ils seront lointains : depuis une dizaine d’années, j’imagine aller vivre en Chine un jour. Aujourd’hui, le moment est venu. C’est aussi dans l’air du temps ; je suis d’avantage crédible !
J’ai comme projet de monter un lodge-hôtel à Kunming, dans le Yunnan (sud-ouest de la Chine). La région est grande comme les deux tiers de la France, et Kunming, sa capitale, comptera bientôt 5 millions d’habitants. Plus de 40 différentes minorités cohabitent dans cette région, des collines du sud, au climat tropical, aux premiers contreforts tibétains, entourés de montagnes de près de 6 000 m.
Il me manquait une sorte de soutien, du recul, des compétences en management, gestion et marketing. Je suis donc en train de faire un mastère spécialisé Entrepreneurs à l’Ecole sup. de co. de Grenoble. La première partie de cette formation se conclura le 20 avril avec la fin des cours et des missions (création, redressement, évaluation d’entreprise, etc.).
La prochaine échéance de cette formation se fera en décembre, avec la soutenance du mémoire. Avant cela, mon séjour de 6 mois en Chine me permettra de parler chinois et anglais, et d’examiner de près la situation et différentes opportunités, de travailler mon mémoire « business plan ». Axel, mon fils de 13 ans, arrivera là-bas fin juin avec deux amies qui viennent passer un mois de vacances au Yunnan. Il commencera une nouvelle année scolaire au CNED, l’enseignement à distance. Nous reviendrons début novembre - mais pas dans mon appartement puisqu’une amie l’occupera pour une durée indéterminée. Nous repartirons ensuite, si tout va bien, début janvier.
C'est à Kunming qu'il faut venir pour croiser dans la même journée des conglomérats d'hommes d'affaires élégants, des femmes puisant l'eau d'un puits derrière un building de 30 étages, des dames portant Channel, des petites prostitués de douze ou treize ans, un homme et son âne tirant charrette, un travesti (sans doute ?) avec des cheveux hérissés en pointe comme un casse-tête du moyen âge, un jeune moine au chignon de jais, occupé tout à la fois entre rituel, téléphone portable et curage de dents.
J'ai arpenté 6 heures durant une petite partie de la ville, essayant de la décrypter, de lire son urbanisme, de deviner son avenir, de trouver des joyaux délaissés : je n'avais jamais pris le temps auparavant, même avec une dizaine de séjours.
Lessivée, j'ai dû héler un taxi pour revenir à l'hôtel car je ne me sentais pas le courage de prendre trois bus pour rentrer : ça m'a coûté un euro. J'ai fait des économies sur le repas, avec un plat de riz frit aux oeufs et un bol de soupe aux algues, un demi euro. Le luxe, c'est l'Internet à l'hôtel, car je branche directement mon portable et j'ai donc un clavier « normal » accentué, avec tous mes documents à vous transmettre, mais c'est plus deux fois plus cher qu'à l'extérieur. Autre dépense : la masseuse aveugle postée sur le boulevard devant le portail d'entrée, qui me manipule les pieds en un traitement de choc pour un euro.
Sur un banc du jardin, dans les flagrances de magnolia et de bougainvilliers, j'ai repris mes leçons de chinois. Leçon 1. Caractères à équilibrer dans des carrés. Comment dire « veau », « vache », « cochon » et ne pas être la laitière. Six mois pour me tester. Dur dur.
Xiao Xiang est une petite fille gâtée. Ses parents n’ont pas le choix, m’a-t-elle dit, car ils n’ont qu’une fille.
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