J'ai toujours pensé qu'un jour j'irai vivre en Chine
Cheveux étalés
aux quatres vents du Yunnan
L'étoile s'endort
Brigitte A.
Bon... pour la visite à Carrefour, vous repasserez ! En attendant j'ai mis les photos+légendes à la suite des photos « Kunming », et celle du mont Ailao après Dali.
Tintin - alias Constantin de Slizewitcz - est descendu du lac Lugu avec sa dulcinée, star de la chanson et des Mossos (une ethnie matrilocale, matrilinéaire et matriarcale qui vit autour du lac, cf l'ouvrage ethno Une société sans père ni mari). J'ai rencontre Constantin et son ami, Luc, en 93, en sortant d'un de mes treks aventureux ; depuis nous partageons le meme interet pour la region du nord Yunnan (lac Lugu, villages tibetains et catholiques, etc.). Tintin et sa belle dame sont à Kunming car Yang Erche Namu (lire Le Lac Mère) est en tournée pour l'émission télé de La Nouvelle Star chinoise.
Dans le rôle de Marianne James... qu'elle joue à merveille : « c'est pas mal ce que tu chantes, mais pourquoi t'es-tu pissé dessus ?... (il pleut à verse ce matin) » ; « c'est nul, tu peux t'en aller ! ». A un paysan dont on ne voit que les bottes noires reluisantes avec des bouts ferrés qui rebiquent, « qui c'est qui te les a données ? » ; il répond : « ma fiancée, mais maintenant je ne suis plus avec elle »... Lorsqu'elle reprend brillamment en solo les chansons de piteux interprètes, la salle fait silence ; un ange passe. Lorsqu'elle remarque le manque de nuances, ses deux acolytes en rajoutent.
Certains compétiteurs prennent une veste mais ne veulent pas sortir de scène. Talons hauts et jupe mini, une fille faussement candide tente le tout pour le tout : elle raconte sa vie, complimente Namu, fait rire la salle. Toute la journée défilent un assortiment de frou-frou au goût douteux, des costumes ethniques new look, des costards-cravate de fonctionnaire avec barette en or, des petites filles sages à couettes, des neo-rockeurs et des dame patronnesse à la peau blanchie. Trois jours de sélection à Kunming avant les sélections pré-prime time. Mais enfin, si vous regardez la télé, vous devez connaître la musique !
Hier, nous avons été au marché de gros car Namu voulait acheter des tissus pour sa maison. Constantin, rigolard dans la fonction de porteur de jarre, tissus sur la tête, sillonne pour elle les allées à la recherche d'étoffes flashy. Sacrée caractère cette Namu ! Nous avons déjeuné à la « Gare du Sud », ancienne gare des Français de l'époque indochinoise, du temps du consul français de Kunming (cf. Le Fils du Consul, de Lucien Bodard). Des milliers de coolies ont perdu leur vie pour construire la ligne Hanoi-Kunming reliant le Yunnan à l'Indochine. Mais la France briguait là les richesses prometteuses (minerais en particulier) de ce nouveau territoire. Depuis quelques années la partie chinoise de la ligne n'est plus utilisée en transport de voyageurs car elle aurait besoin de maintenance, elle n'est pas sure. Mais j'ai eu la chance juste avant de pouvoir faire le trajet jusqu'à la frontière. Wagons de bois, chaud dedans, et petite allure, derrière une rutilante loco au charbon paressant à travers rizière et jungle... Près de la frontière vietnamienne les Miaos rouges sont nombreux. Aujourd'hui on prend le bus climatisé, et plus de la moitié du trajet se fait sur autoroute, d'une traite.
Tintin m'a présenté un de ces copains, Maodi, designer et aujourd'hui nouveau manager d'un établissement de dégustation de thé. Bon contact : un esprit libre. J'aurai sans doute d'autres occasions pour vous en reparler. Il m'a fait visiter ce lieu branché avant l'ouverture, prévue dans une dizaine de jours. Une dégustation de thé rouge de Pu'er initiée par un maître de thé était en cours, j'en ai profité. Ritualisation des gestes qui me fait penser au cérémonial de dégustation du vin. Il y avait aussi le patron shanghaïen - au coupé-sport jaune citron -, de
ce bar et d'autres établissements je crois. Je ne peux toujours pas discuter en chinois ! Sans compter l'impression permanente de faire toutes sortes de gaffes et d'être comme derrière une vitre. Pourtant chaque rencontre, aussi futile qu'elle paraisse, est susceptible de m'apporter des opportunités. Pour construire ce fameux « guanxi » (réseau) sans lequel on ne peut rien faire en Chine.
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