J'ai toujours pensé qu'un jour j'irai vivre en Chine
Cheveux étalés
aux quatres vents du Yunnan
L'étoile s'endort
Brigitte A.
Xiao Xiang est une petite fille gâtée. Ses parents n’ont pas le choix, m’a-t-elle dit, car ils n’ont qu’une fille.
Son père appartient au Parti, elle est née dans une famille aisée. Et elle ne veut pas travailler, elle glande donc
là, à Dali petite ville touristique, pendant trois mois, bruissante comme une cigale. Chez elle, elle ne se sent pas bien car tout le monde travaille alors qu’elle se lève tard et ne fait rien de la journée. Elle a gardé de jeunes enfants en crèche mais elle a croisé là la misère ; et fait face au gap qui sépare le peuple d’en bas des nouveaux riches - de ceux qui connaissent quelqu’un de haut placé pour pouvoir faire des affaires. Le gouvernement ne prend pas garde aux jeunes, il y a des diplômés qui n'ont pas de travail. Alors elle n’a rien envie. Elle a vingt-six ans et ses parents lui ont dit qu’il fallait qu’elle se marie : après trente ans ce sera plus difficile. Et l’homme pourra lui payer des études ou lui faire un bébé.
Ici, dans la journée, elle communique avec son petit ami, joue au ping-pong et va chercher à manger dans une échoppe, elle engloutit aussi pas mal de trucs séchés de toutes formes. Et elle rit beaucoup. Un rire clair. Communicatif. Elle arrive même à dérider mon autre voisin, une espèce de grand hareng saur, qui glande beaucoup lui aussi. Le matin, quand j’ouvre un œil pour voir l’heure
et le temps qu’il fait, il est assis tout roide, en méditation. Ca m’empêche de me rendormir ! Lorsqu’il se lève, il prépare méticuleusement son déjeuner, avec des tisanes de fleurs de montagne ramenées du Tibet. Il a été moine là-bas pendant trois mois. Il vit en boursicotant et de l’argent que lui donne
sa famille à Singapour. Il a quarante ans paraît-il, mais il semble sortir de l’adolescence, avec ses binocles rondes et sa face marquée par l’acné. Ma voisine la Cigale m’a dit, en baissant la voix,
qu’il n’était jamais tombé amoureux ; pourtant il a l’air d’être sous son charme… Certains jours,
il prend le bus pour aller manger dans une ville voisine, à 2 heures de là, puis revient dans la journée. Sur sa table de chevet, des écrits bouddhiques, Nietzsche et pas mal d’autres s’entassent. Il aime aussi Debussy. Il voyage pour lire.
Nous ne sommes que trois dans le dortoir et j’apprécie leur présence, loin des touristes toujours pressés d’aller dans la ville suivante, campés à la moindre averse face à la télé ou à Internet,
et se racontant sans fin la route du Laos, de la Thaïlande ou du Viêt-Nam. Devant la chambre, je m’installe pour écrire dans l’odeur des géraniums et du thé qui refroidit sur la table.
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