Portraits

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  • : Estelle, la mère, et Axel, le fils. Nous vivons au Yunnan, "Au sud des nuages", une province du Sud-Ouest chinois. Kunming en est la capitale, c'est la ville de "l'éternel printemps".
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Au crayon

Cheveux étalés

aux quatres vents du Yunnan

L'étoile s'endort

Brigitte A.

pour trouver

Samedi 5 août 2006

Quatre, ce n'est vraiment pas un chiffre faste pour les Chinois... Mais le voyage s'est aussi fait à 3+1, trois filles et un garçon ; à 2+2, deux copines, et mère-fils ; à 1+1+1+1, avec chacun nos propres intérêts. Réticent à la Chine, Axel (tout juste 13 ans), c'est clair, n'aime que les yao tiao, de longs beignets torsadés à tremper dans du lait de soja. Moi, j'ai dû saouler tout le monde avec ma focalisation sur les vieilles maisons. Françoise et Valérie, à peine débarquées de Grenoble, s'en sont données à coeur joie dans les boutiques. Elles voulaient aussi ramener toutes les petites mamies en costume dans leurs bagages mais ce n'était pas permis. Quatre semaines de voyage à quatre formidable, quoi que puissent en dire les chiffres.

29 juin : Arrivés avec deux heures de retard à l'aéroport, les trois néophytes ont été conduits à l'hôtel Camélia. Très vite, Françoise (à droite) et Valérie (à gauche) ont profité d'un massage de pieds sur le boulevard, tout indiqué après un long voyage (11 heures de vol, mais plus de 24 heures de porte à porte). Lors de ces premières journées, consacrées à Kunming tant que la fatigue était toujours présente, nous avons écumés mes spots, « marché aux voleurs », marché de gros, antiquaires, restaurants en tout genre, adresse gastronomique ou vieille maison, temples taoïste ou bouddhiste, parc du centre avec ses musiques et ses danses... Nous avons aussi été faire une excursion éreintante sur la montagne qui domine le grand lac Dian proche, en prenant un bus chaotique, des sentes sous les pins, une charrette fatiguée, des escaliers interminables et un petit bateau à gros moteur.

Lors de cette balade, mon appareil photo tout neuf a rendu l'âme ; heureusement que Françoise le ramène en France pour réparation. Les photos seront celles de Françoise, et ma mère m'ayant dit que je ne mettais pas assez d'images personnelles sur le blog, en voici à foison...

Jianshui a été la première étape hors de la capitale provinciale, à quatre heures et demi de bus de route confortable vers le sud de la province. Très peu touristique, la cité se prépare pourtant à cela sur quelques rues. Hôtel tout neuf, pas cher. Visite du deuxième plus grand temple confucéen de Chine, des plus de dix cours de la résidence Zhang, excursion au village de Tuanshan avec son ensemble de maisons de la dynastie Qing qui appartenaient à de riches marchands de sel. En route, sur le pont du Double Dragon, une dame aux très petits pieds organisait une cérémonie pour placer sous de bons augures l'accouchement de sa petite fille. Appuyée sur sa canne, elle présentait aux dieux, un poulet, et un riz sucré que, bien sûr, nous avons dû tester.

Plus loin vers le sud, la pluie de mousson plus présente nous a empêché de bien distinguer l'ampleur des rizières de Yuangyang, d'un vert tendre encore quelques semaines. Taillées dans ces douces montagnes par la minorité yi, les terrasses se dessinent sans compter. Infinies et différentes. Comme un ramage soigneusement entretenu.

Sur les marchés, c'est la bonne période pour les champignons ; mais Axel cherche toujours ses yao tiao. La route, elle, est plein d'aventures : en rase campagne, un bouchon de plus de cent voitures qu'il nous a fallu résoudre car personne ne voulait prendre cette responsabilité ; des éboulements de rochers qui nous ont forcés à faire un détour de plus de six heures, un autre nous obligeant à traverser pour reprendre un bus de l'autre côté (les sacs à roulettes ne sont pas conseillés)... A la halte d'un soir, nous avons regardé le match de finale, avec des bières, chinoises bien sûr.

Remontant vers le nord pour quitter la mousson et rejoindre Dali, nous nous sommes arrêtés le temps d'un marché chez les Hua Yao Baïs aux dents laquées de noir. Sourires étranges mais rires communicatifs à l'achat d'un kilo de mangues. Le soir nous aurions dû atteindre Dali mais dans les monts Ailao, la route était interminable. Préservatifs et objets divers (ci-dessous, à gauche) nous ont été proposé par l'hôtel « chic à la chinoise » de la gare routière de Chuxiong.

Dali et ses trois pagodes. Nous revenons vers le circuit touristique du Yunnan. Chaque jour pourtant il est possible de s'en échapper, de pousser la lourde porte d'une maison, de se faire inviter pour un thé, de prendre un véhicule à destination de nulle part, de passer les chicanes d'entrée des temples, à l'écart, de suivre des mamies... Telle la grande cérémonie d'ouverture de l'ensemble bouddhique au pied des pagodes qui ne comptait pas de touristes mais des milliers de pèlerins et des centaines de lamas venus de toute l'Asie. En faisant le tour du lac Erhaï, nous avons profité d'une cérémonie au dieu Benzhu de l'ethnie locale baï : une centaine de mamies en costume de batik bleu (voir autre article Les Bais en bleu) sous les bougainvilliers roses, concentrées sur leurs prières et leur musique mais heureuses de nous recevoir, de nous conduire jusqu'à l'oratoire dominant les eaux calmes du « lac Oreille ».

 

A Lijiang, c'est une autre histoire : la foire d'un tourisme à la chinoise qui explose, un « Saint-Trop' aoûtien » à 2 700 mètres d'altitude ; des hordes de Chinois au pas lent, hurlant la nuit venue de restaurants en restaurants, dopés par un exotisme floklorique à base de culture naxi et mosso - où les relations entre homme et femme sont plus libres que dans la société de l'ethnie majoritaire han. La vieille cité, réchappée d'un tremblement de terre il y a douze ans, en pleure ses ruisseaux, ses ruelles et ses vieilles Naxis dont le costume rêvait d'étoiles et de lune. Seule la statue de Mao est resté digne, d'une immaculée blancheur, impassible au changement qui oppresse la ville.

Un îlot d'humanité dans le tsunami journalier : Constantin, que nous retrouvons dans la nouvelle maison qu'il prépare là pour Namu (cf article précédent), et Alex, Français et cuisinier qui a ouvert un resto pizzeria. Dîner du soir avec quelques autres amis et quelques bouteilles. Axel, lui, n'a jamais autant apprécié la pizza. Pour couronner son bonheur, Françoise et Valérie lui ont offert un mp4 d'un giga dernier cri. La Chine commence à lui être plus agréable.

Route pour le lac Lugu. Fatigante car le nouvel itinéraire est pavé pendant presque cinq heures sur huit. Mais à l'escale, les Yis aux vastes chapeaux noirs font oublier les cahots (ci-dessus, à gauche). Nous logeons dans la guest-house du frère de Namu, plus à l'écart des nouvelles implantations touristiques. Depuis ma dernière venue avec mes parents, il y a cinq ans, les villages mossos ont été engloutis par les guest-houses. Mais escale reposante. Le dernier soir, notre hôte a grillé pour nous un petit cochon, accompagné de champignons de la montagne : succulent. Nous avions prévu avec Valérie un trek du lac à Zhongdian, dernière étape, tibétaine, du voyage, mais le temps manquait pour l'itinéraire et la pluie pouvait rendre les sentiers hasardeux. Nous avons donc dû repasser par Lijiang pour monter à Zhongdian.

Là, c'est un autre monde, la zone appartenait avant 1959 au royaume tibétain. Première journée chez des amis (ci-dessus, à gauche) : lui est un « bouddha vivant » (une réincarnation de grand lama) rééduqué pendant la Révolution culturelle, aujourd'hui administrateur de l'imposant monastère de la ville (plus de 700 moines), elle est dentiste. Leur premier fils est médecin à Lhassa ; l'autre, plus jeune, est maintenant très copain avec Axel, ils jouent ensemble en réseau et au basket.

24 juillet : Valérie et Françoise sont reparties, nous laissant, Axel et moi, en instance dans un superbe hôtel de style tibétain, au pied du grand monastère. Le voyage à 4 s'est bien terminé. Rires et bonne humeur pour une autre Chine que j'étais contente de partager.

Par estelle - Publié dans : Tourisme
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Dimanche 25 juin 2006

Bon... pour la visite à Carrefour, vous repasserez ! En attendant j'ai mis les photos+légendes à la suite des photos « Kunming », et celle du mont Ailao après Dali.

Tintin - alias Constantin de Slizewitcz - est descendu du lac Lugu avec sa dulcinée, star de la chanson et des Mossos (une ethnie matrilocale, matrilinéaire et matriarcale qui vit autour du lac, cf l'ouvrage ethno Une société sans père ni mari). J'ai rencontre Constantin et son ami, Luc, en 93, en sortant d'un de mes treks aventureux ; depuis nous partageons le meme interet pour la region du nord Yunnan (lac Lugu, villages tibetains et catholiques, etc.). Tintin et sa belle dame sont à Kunming car Yang Erche Namu (lire Le Lac Mère) est en tournée pour l'émission télé de La Nouvelle Star chinoise. Dans le rôle de Marianne James... qu'elle joue à merveille : « c'est pas mal ce que tu chantes, mais pourquoi t'es-tu pissé dessus ?... (il pleut à verse ce matin) » ; « c'est nul, tu peux t'en aller ! ». A un paysan dont on ne voit que les bottes noires reluisantes avec des bouts ferrés qui rebiquent, « qui c'est qui te les a données ? » ; il répond : « ma fiancée, mais maintenant je ne suis plus avec elle »... Lorsqu'elle reprend brillamment en solo les chansons de piteux interprètes, la salle fait silence ; un ange passe. Lorsqu'elle remarque le manque de nuances, ses deux acolytes en rajoutent.

Certains compétiteurs prennent une veste mais ne veulent pas sortir de scène. Talons hauts et jupe mini, une fille faussement candide tente le tout pour le tout : elle raconte sa vie, complimente Namu, fait rire la salle. Toute la journée défilent un assortiment de frou-frou au goût douteux, des costumes ethniques new look, des costards-cravate de fonctionnaire avec barette en or, des petites filles sages à couettes, des neo-rockeurs et des dame patronnesse à la peau blanchie. Trois jours de sélection à Kunming avant les sélections pré-prime time. Mais enfin, si vous regardez la télé, vous devez connaître la musique !

Hier, nous avons été au marché de gros car Namu voulait acheter des tissus pour sa maison. Constantin, rigolard dans la fonction de porteur de jarre, tissus sur la tête, sillonne pour elle les allées à la recherche d'étoffes flashy. Sacrée caractère cette Namu ! Nous avons déjeuné à la « Gare du Sud », ancienne gare des Français de l'époque indochinoise, du temps du consul français de Kunming (cf. Le Fils du Consul, de Lucien Bodard). Des milliers de coolies ont perdu leur vie pour construire la ligne Hanoi-Kunming reliant le Yunnan à l'Indochine. Mais la France briguait là les richesses prometteuses (minerais en particulier) de ce nouveau territoire. Depuis quelques années la partie chinoise de la ligne n'est plus utilisée en transport de voyageurs car elle aurait besoin de maintenance, elle n'est pas sure. Mais j'ai eu la chance juste avant de pouvoir faire le trajet jusqu'à la frontière. Wagons de bois, chaud dedans, et petite allure, derrière une rutilante loco au charbon paressant à travers rizière et jungle... Près de la frontière vietnamienne les Miaos rouges sont nombreux. Aujourd'hui on prend le bus climatisé, et plus de la moitié du trajet se fait sur autoroute, d'une traite.

Tintin m'a présenté un de ces copains, Maodi, designer et aujourd'hui nouveau manager d'un établissement de dégustation de thé. Bon contact : un esprit libre. J'aurai sans doute d'autres occasions pour vous en reparler. Il m'a fait visiter ce lieu branché avant l'ouverture, prévue dans une dizaine de jours. Une dégustation de thé rouge de Pu'er initiée par un maître de thé était en cours, j'en ai profité. Ritualisation des gestes qui me fait penser au cérémonial de dégustation du vin. Il y avait aussi le patron shanghaïen - au coupé-sport jaune citron -, de ce bar et d'autres établissements je crois. Je ne peux toujours pas discuter en chinois ! Sans compter l'impression permanente de faire toutes sortes de gaffes et d'être comme derrière une vitre. Pourtant chaque rencontre, aussi futile qu'elle paraisse, est susceptible de m'apporter des opportunités. Pour construire ce fameux « guanxi » (réseau) sans lequel on ne peut rien faire en Chine.

Par estelle - Publié dans : estelle-et-axel-au-yunnan
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Vendredi 9 juin 2006

Kunming commence enfin à devenir moins échevelée à mes yeux qu'auparavant. Je lis plus facilement sa face. Côté pile, c'est parfois désespérant. J'ai déniché malgré tout, derrière les façades pleines de prétention, des bijoux de bois, constructions intimes et indépendantes, comme des îlots exotiques. Même les habitants en sont différents. Scrutant les moindres détails de ces maisons, j'ai par exemple trouvé, au milieu d'une architecture totalement chinoise, un chapiteau corinthien. Ailleurs, c'est une façade à l'italienne, avec un balcon comme en Toscane, dont le frontispice qui devait s'ornementer d'un animal a été effacé par un burin malveillant, sans doute pendant la révolution culturelle. Parfois, je n'arrive pas à pénétrer dans les bâtiments que l'on aperçoit par-dessus les murs nouvellement construits pour cloîtrer les démolitions. Heureusement, les plus belles ont fait l'objet d'un label, d'un classement ; il faut d'ailleurs que j'arrive à accéder à cet organisme. D'autre fois, j'ai plus de chance, la maison est plus ou moins délaissée ; et c'est le choc, l'âme du lieu ne l'a pas abandonnée, comme celle magnifique, avec tous ses linteaux et ses portes sculptées, et dont la cour est occupée par une grande vigne, mais dont une partie du premier étage a été brûlée : l'ambiance y est terrible. Je suis là comme devant un grand malade en train d'expirer.

Je reviens à l'hôtel et me plonge dans le chinois, histoire de pouvoir comprendre. Savoir ce qu'essayent de m'expliquer les habitants lorsque je leur pose des questions, que je leur dis que j'aime ces maisons. Le chinois, j'en rêve la nuit. Je noircis des pages d'écriture dans l'espoir de me rappeler des caractères. Mais certains comprennent plus de 15 traits, dans moins d'un centimètre carré. En général, au bout de deux heures, des crampes à la main m'empêchent de continuer. Je n'ai pas tout à fait récupéré mon précédent niveau à l'oral, mais j'ai appris d'autres mots : « yaourt », « internet », « fête »... J'espère être plus opérationnelle quand Valérie et Françoise arriveront avec Axel, à la fin du mois.

Quant à mon mémoire de mastère, il en est à ses balbutiements : je viens d'en faire le plan. Mais mes deux bouquins en cours de lecture, sur le sujet « Comment s'implanter en Chine », sont très intéressants et devraient me permettre d'avancer convenablement la partie générale de l'analyse. Pour la partie propre à mon projet, l'hôtellerie à Kunming, tant que je ne parlerai pas un minimum le chinois, les informations seront difficiles à obtenir. Des rencontres fortuites, que j'avais parfois prévues ultérieurement, me font aussi avancer. Comme celle du seul et unique représentant local de la Mission économique, organisme d'aide aux entreprises françaises, que j'ai repéré dans l'hôtel en train d'accompagner un Français. Nous avons pu discuter un peu, pour un premier contact. J'ai aussi discuté avec un Français, à Dali, petite ville plus touristique, qui a tout lâché en France, femme et entreprise, pour s'établir ici en achetant des maisons pour les louer. Dans l'avion, j'avais derrière moi le directeur de la Mission économique de Pékin. Au restaurant près de l'hôtel, un Israélien qui en tient la cuisine pour sa famille chinoise propriétaire de nombreux restaurants pour Occidentaux, m'a raconté les difficultés d'établissement en Chine.

Tant de choses à absorber ! Une culture, une langue, une pensée..

Tant de détails. Car ici le pragmatisme, l'immédiateté et la manière comptent avant tout.

 

Voir plus de photos dans l'album "Vieilles maisons", dans l'Oeil, à gauche (toujours un délai, d'un journée parfois, pour que les photos soient publiées sur le blog). En double cliquant sur les images, on peut les agrandir et avoir des légendes.

  1. En cours d'élaboration:
  2. . une visite à Carrefour
  3. . un périple autour des monts Ailao
Par estelle - Publié dans : Professionnel
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Jeudi 25 mai 2006

Xiao Xiang est une petite fille gâtée. Ses parents n’ont pas le choix, m’a-t-elle dit, car ils n’ont qu’une fille.
Son père appartient au Parti, elle est née dans une famille aisée. Et elle ne veut pas travailler, elle glande donc
là, à Dali petite ville touristique, pendant trois mois, bruissante comme une cigale. Chez elle, elle ne se sent pas bien car tout le monde travaille alors qu’elle se lève tard et ne fait rien de la journée. Elle a gardé de jeunes enfants en crèche mais elle a croisé là la misère ; et fait face au gap qui sépare le peuple d’en bas des nouveaux riches - de ceux qui connaissent quelqu’un de haut placé pour pouvoir faire des affaires. Le gouvernement ne prend pas garde aux jeunes, il y a des diplômés qui n'ont pas de travail. Alors elle n’a rien envie. Elle a vingt-six ans et ses parents lui ont dit qu’il fallait qu’elle se marie : après trente ans ce sera plus difficile. Et l’homme pourra lui payer des études ou lui faire un bébé.

Ici, dans la journée, elle communique avec son petit ami, joue au ping-pong et va chercher à manger dans une échoppe, elle engloutit aussi pas mal de trucs séchés de toutes formes. Et elle rit beaucoup. Un rire clair. Communicatif. Elle arrive même à dérider mon autre voisin, une espèce de grand hareng saur, qui glande beaucoup lui aussi. Le matin, quand j’ouvre un œil pour voir l’heure
et le temps qu’il fait, il est assis tout roide, en méditation. Ca m’empêche de me rendormir ! Lorsqu’il se lève, il prépare méticuleusement son déjeuner, avec des tisanes de fleurs de montagne ramenées du Tibet. Il a été moine là-bas pendant trois mois. Il vit en boursicotant et de l’argent que lui donne
sa famille à Singapour. Il a quarante ans paraît-il, mais il semble sortir de l’adolescence, avec ses binocles rondes et sa face marquée par l’acné. Ma voisine la Cigale m’a dit, en baissant la voix,
qu’il n’était jamais tombé amoureux ; pourtant il a l’air d’être sous son charme… Certains jours,
il prend le bus pour aller manger dans une ville voisine, à 2 heures de là, puis revient dans la journée. Sur sa table de chevet, des écrits bouddhiques, Nietzsche et pas mal d’autres s’entassent. Il aime aussi Debussy. Il voyage pour lire.

Nous ne sommes que trois dans le dortoir et j’apprécie leur présence, loin des touristes toujours pressés d’aller dans la ville suivante, campés à la moindre averse face à la télé ou à Internet,
et se racontant sans fin la route du Laos, de la Thaïlande ou du Viêt-Nam. Devant la chambre, je m’installe pour écrire dans l’odeur des géraniums et du thé qui refroidit sur la table.

Par estelle - Publié dans : estelle-et-axel-au-yunnan
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Jeudi 25 mai 2006

Du 23e jour au 25e jour du quatrième mois lunaire, à partir du 20 mai cette année, les Baïs fêtent Rao Shang Lin. Je voulais vous raconter l’histoire de cette fête, mais entre ce que j’avais comme notes à ce sujet et ce que j’ai vu, je n’arrive pas à faire le joint. Voici la version de mes notes ramassées sur Internet, tout d’abord. Ce serait une sorte de carnaval, une Procession autour de la Montagne, en l’honneur du dieu tutélaire Benzhu particulier à la région de Dali. Il se serait réincarné, dans un souverain de l’ancien royaume local de Nanzhao (il y a plus de 1 300 ans) qui avait été frappé de mort subite sur le pic des Cinq Terrasses, où il était parti prier. Benzhu gouverne les cinq cents autres dieux tutélaires, ils seraient promenés dans leur tabernacle au milieu d’une procession. Ce rassemblement de Baïs en costumes de fête, ponctué de chants et de danses, contournerait la montagne du sud au nord en faisant étape dans trois temples, ce qui fait aussi désigner cette célébration de "fête des Trois Temples".

J’ai eu le plus grand mal à trouver des informations, en ayant juste le nom de la fête mais pas la localisation. Après plusieurs essais infructueux, en anglais, auprès des différentes agences qui guident les touristes, une employée zélée m’a fait téléphoner à une interlocutrice, qui m’a enfin donné un lieu. Mais j’ai suivi tout l'évènement sans savoir ce qui se passait exactement. Le jeune manager de mon hôtel, Baï lui-même et ancien guide, vient de me donner des renseignements plus fiables.

Benzhu, le dieu des Baïs, est un grand dieu ; il est très puissant, très clairvoyant. C’est le dieu originel de la région du lac Erhaï, avant le bouddhisme, avant le taoïsme, qui l’ont intégré à leurs cultes pour leur expansion. Selon les villages, il se réincarne en une femme ou en un homme, héros ou sauveur, intelligent ou saint. Le premier jour de la fête, c’est au village de Yinchao que les Baïs sont le plus nombreux. Un long chemin empierré remonte jusqu’en haut des rizières qui ceinturent le lac. Et déjà presque impossible de circuler dans l’allée bordée d’étalages. Quincaillerie, vêtements brodés, cd et dvd, restaurants, habits new look à la chinoise, paniers, etc., on se croirait à la Beaucroissant (pour ceux de Grenoble ! grande foire aux bestiaux). Adossés à la montagne, en haut du village, trois temples cohabitent en regardant le lac. Sur les marches du plus grand, c’est pire qu’à Lourdes. Entre les jambes des arrivants, des corps informes, difformes, mangent la poussière, s’accrochent aux pantalons pour soutirer quelques jiaos. Passé le portail, c’est le domaine de la fumée acre des barres d’encens et des vœux de pap

Par estelle - Publié dans : Ethno
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