Grand bleu, petit vent, lumière forte, il ne fait plus froid et je me remets de mes problèmes d'estomac.
C'est à Kunming qu'il faut venir pour croiser dans la même journée des conglomérats d'hommes d'affaires élégants, des femmes puisant l'eau d'un puits derrière un building de 30 étages, des dames portant Channel, des petites prostitués de douze ou treize ans, un homme et son âne tirant charrette, un travesti (sans doute ?) avec des cheveux hérissés en pointe comme un casse-tête du moyen âge, un jeune moine au chignon de jais, occupé tout à la fois entre rituel, téléphone portable et curage de dents.
J'ai arpenté 6 heures durant une petite partie de la ville, essayant de la décrypter, de lire son urbanisme, de deviner son avenir, de trouver des joyaux délaissés : je n'avais jamais pris le temps auparavant, même avec une dizaine de séjours.
Lessivée, j'ai dû héler un taxi pour revenir à l'hôtel car je ne me sentais pas le courage de prendre trois bus pour rentrer : ça m'a coûté un euro. J'ai fait des économies sur le repas, avec un plat de riz frit aux oeufs et un bol de soupe aux algues, un demi euro. Le luxe, c'est l'Internet à l'hôtel, car je branche directement mon portable et j'ai donc un clavier « normal » accentué, avec tous mes documents à vous transmettre, mais c'est plus deux fois plus cher qu'à l'extérieur. Autre dépense : la masseuse aveugle postée sur le boulevard devant le portail d'entrée, qui me manipule les pieds en un traitement de choc pour un euro.
Sur un banc du jardin, dans les flagrances de magnolia et de bougainvilliers, j'ai repris mes leçons de chinois. Leçon 1. Caractères à équilibrer dans des carrés. Comment dire « veau », « vache », « cochon » et ne pas être la laitière. Six mois pour me tester. Dur dur.
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