Je vous écris du Mékong ; en face, des berges thaïlandaises côté Laos, les bancs de sables roses s'assoupissent dans ses eaux plates, mais de temps à autres un ronflement ricoche jusqu'à nous, celui d'une longue barque de pêcheurs. Nous sommes dans le Triangle d'or, tout près de la Birmanie, du Laos et de la Chine.
J'avais, de la Thaïlande, une image d'Epinal, provenant essentiellement des groupes de touristes rouge écrevisse, tous affublés de tee-shirts au logo made in, que je croisais en transit à Bangkok lors de mes précédents voyages. Mais je voulais voir. Les plages et la capitale. Et sur la route du retour à Kunming, profiter d'une escale prolongée pour digérer le « jetlag » et remonter le moral de mon mousse réticent au retour. D'abord deux jours à Bangkok. Visiter le minimum. Le grand palais et le wat Pho à côté, avec son grand bouddha couché, une balade sur les canaux en long tail, un combat de boxe thaïe et pour finir, la maison de Jim Thomson, un aventurier architecte-espion-collectionneur disparu il y a quelques années. Sa somptueuse demeure constituée d'anciennes pièces de tek sur pilotis du nord thaïlandais abrite des collections d'oeuvres remarquables, peintures, sculptures et céramiques des royaumes du Siam et d'Angkor.
Mais nous étions impatients d'aller à la mer. Le train nous a embarqué pour une folle nuit : à mi-chemin, assoupis ou somnolents à un arrêt, nous ne savons plus, un choc terrible nous a projetés sur le siège devant nous, puis un autre encore. Les bagages du compartiment sont passés à l'horizontale, j'ai jeté un regard par la fenêtre et je n'ai vu que des tourbillons de poussière à peine traversés par la lune. Le wagon s'est réveillé dans le noir avec des pleurs d'enfants, des hoquets et des murmures. « C'est une collision » m'a dit Axel ; je n'arrivais pas à le croire. Mais les wagons avaient tous diminués d'au moins un mètre à chaque bout. Plus possible de circuler dans la rame. Petit à petit, les secours sont arrivés, agglutinés sur les wagons de tête dont heureusement nous ne faisions pas partie. Nous, nous avons appliqué de la glace sur les nez cassés et les bosses, puis on a évacué le train. La loco et deux wagons de l'autre train étaient posés à côté du nôtre, une erreur d'aiguillage sans doute. Des véhicules en tout genre ont lentement conduits les voyageurs hébétés vers une autre gare. Un bus nous a emmené à destination ; lentement, sans que personne ne semble décider quoi que ce soit ou ne donne d'information. Le matin, pas frais, nous avons évidemment pris un autre bateau que celui prévu.
Après deux heures et demie d'une traversée en catamaran rapide, nous avons débarqués sur Koh Tao. L'île côtoie celle de Koh Samui, dans le golf du Siam. Leurs rives n'ont donc pas été touchées par le tsunami. Et elles profitent de la pleine mer, avec des récifs poissonneux qui attirent de nombreux plongeurs. En accostant, Axel avait un large sourire malgré la nuit passée : « ça, c'est d'l'île de rêve ! » Devant la colline de jungle verte, une grande plage immaculée, fins cocotiers et barques colorées... Un ponton s'avance à notre rencontre sur l'eau turquoise. Des blocs de granit bordent d'autres anses, à peine squattées par des bungalows de palme. Plaisir immédiat d'enlever baskets et chaussettes pour s'approprier le sable et les coquillages...
Sur les conseils de Marc, journaliste-artiste qui vit à Bangkok, nous avons trouvé un bungalow sur pilotis pas trop cher pour l'endroit, 7 euros la nuit pour deux lits avec ventilo et toilettes. Axel a pu travailler ses maths du CNED sur le balcon, avec vue sur la mer entre les bouquets de palmes perchées ; apparemment les leçons passent. Le matin, nous profitions d'une petite anse, Janson's Bay, appartenant à un resort voisin très confortable (plus cher, 50 euros, mais pour ceux qui en ont les moyens cela vaut le coup), qui prête masque et tuba. Nager dans un aquarium, c'est incroyable : des bancs de poissons à les toucher, alors que sur le fond les lèvres violettes des bénitiers ont des spasmes, chatouillés par les remous ; plus loin, parmi les strates de coraux plats, les cheveux des anémones se laissent aborder par quelques petits visiteurs énervés ; d'autres individus aux soyeuses couleurs explorent les rocailles ; et près de la surface, des lances argentées se déplacent en escadre.
Axel a pu profiter de son cadeau de Noël : un baptême de plongée (45 euros avec la petite formation, 22 euros la plongée supplémentaire). Nous aurions aimé rester, mais ma banquière m'a rappelé à l'ordre, ou plutôt, m'a coupé les vivres... J'ai dû vendre ma turquoise pour rentrer à Bangkok chez Marc où nous avons attendu deux jours qu'on me prête un parapluie (merci)...
Il devenait urgent que nous remontions plein nord vers la Chine. Mais pas en train ! A mi-chemin de la frontière, nous avons passé un jour à Sukhotai, ancienne capitale, pour visiter ses ruines (guest-houses pas chères, 3 à 5 euros la nuit). Puis trajet de bus directement pour Chiang Rai, suivi par un minibus pour Chiang Saen, lieu d'embarquement sur le Mékong. Là, mauvaise nouvelle, plus possible de prendre un bateau cargo pour une lente remontée de 4 ou 5 jours vers la Chine, le gouvernement chinois oblige aujourd'hui les étrangers à prendre les bateaux rapides, au demeurant très confortables, mais plus chers (80 euros jusqu'à Jihong, samedi, jeudi, lundi, arriver au moins le matin de la veille pour les formalités douanières, départ à 6 h du mat'). Rien de vraiment palpitant dans cette bourgade pour patienter trois jours... De l'autre côté du fleuve, les berges laotiennes sont encore plus calmes.
Dans le bateau, nous sommes deux étrangers, les autres sont asiatiques. Je me demande comment font les larges cargos pour remonter dans les remous en zigzaguant entre les récifs et les bancs de sable. Entre deux méandres, le copilote donne de la trompe. On ralentit en croisant une barque ou un speed boat, car notre aire se déforme en un V conséquent qui rebondit sur les blocs rocheux, ou bien en passant une passe élargie dont les fonds sablonneux ne sont qu'à quelques centimètres de la
quille. Les marins testent alors à la gaffe l'avancée du navire. De plus en plus, de grands arbres dominent la jungle de bambou. Presque pas de présence humaine. De temps en temps, des orpailleuses, dans l'eau jusqu'aux cuisses, tamisent le sable qui dégueule vers le fleuve. Quelques cases sur pilotis et presque pas de cultures. Un speed boat nous croise à grande vitesse avec à son bord des femmes
recroquevillées, leurs costumes clignotent de pièces d'argent. Puis nous arrivons en Chine, premier port, théoriquement pour valider notre visa. En fait le capitaine nous débarque,
officiellement les eaux sont trop basses ; nous n'étions peut-être pas assez nombreux pour ce bateau de 45 places... La compagnie préfère donc nous payer une chambre dans un hôtel flambant neuf et nous acheter les billets de bus pour Jinhong (6 h, dont 4 h de piste), dans le Xishuanbanna (extrême sud du Yunnan). De là, nous partirons à Kunming par un bus de nuit (11h, route à peu près confortable).
6 h du matin. Le jour n’est pas levé. Axel a pris froid, fièvre. Les bagages sont lourds. Où aller ? Pas beaucoup d’argent. Taxi pour notre ancien hôtel. Pas de place. Il fait vraiment très froid. On prend une chambre en face. On s’écroule.
Midi. Le soleil pointe et je retrouve nos copains boulangers dans leur resto favori. Ils peuvent nous héberger un mois car ils ont une chambre supplémentaire. Ouf, on y est.
Pour le moment, les photos en grand, avec leurs légendes, de cet article ne sont pas accessibles. Pour cette option, il faudrait que je prenne un abonnement, ça attendra... Et veuillez m'excuser pour les irrégularités de présentation, je me bats avec le logiciel de fabrication du blog, il faudrait que je m'attaque à l'apprentissage de logiciel en codes, mais cela aussi ça attendra.
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